Les personnages
Comment rendre ses personnages humains et intéressants. (Cette page concerne essentiellement l'écriture de romans.)
Sommaire
de cette page :
- Êtes-vous suffisamment schizophrène pour écrire un livre ?
- Ne jugez pas vos personnages
- Vos personnages ne doivent pas être des « fragments » d’humains
- Des héros avec des défauts et des méchants avec des qualités
- Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Vos personnages sont-ils des imbéciles ?
- Comédie ou tragédie ?
Êtes-vous suffisamment schizophrène pour écrire un livre ?
Vous êtes censé décrire des personnages crédibles et consistants, qui donneront l’illusion du « vrai » alors qu’ils sont purement imaginaires. Comment allez-vous procéder ?
Cette question est familière aux comédiens. Est-il possible de faire vivre des personnages qu’on ne porte pas - d’une façon ou d’une autre - en soi ? Bien entendu, on peut s’inspirer de personnes extérieures à soi : cela permet d’enrichir ses personnages d’innombrables détails, de leur attribuer des habitudes, des tics gestuels ou de langage, une façon particulière de s’habiller et même un comportement général. Mais comment être vraiment précis dans un portrait psychologique, si on n’y projette pas une part de soi-même (une part très sombre et très inavouable, dans certains cas) ?
De ce point de vue, l’écriture devient un exercice consistant à se développer des personnalités multiples que l’on fait interagir les unes avec (ou contre) les autres. L’expression « prêter vie à un personnage » est souvent citée pour le théâtre. Il me semble qu’elle s’applique également tout à fait à la littérature. Et quelle vie allez-vous « prêter » à vos personnages, si ce n’est la vôtre ?
Quand votre héroïne s’effondre en larmes dans les bras de son ami-protecteur, vous êtes à la fois l’ami-protecteur et l’héroïne. Il va donc falloir chercher au fond de vous un aspect fort, généreux et viril d’une part, et un aspect fragile et désespéré d’autre part. Il faudra vous connecter avec votre part masculine et avec votre part féminine. Et vous passerez de l’un à l’autre le temps d’écrire une réplique. Et comprenons-nous bien, même si vous avez, dans la réalité, un physique de déménageur, vous ne pourrez pas faire semblant d’être une fragile héroïne. Vous devrez l’être pour de bon, sans quoi votre personnage féminin ressemblera à un travelo.
Ne jugez pas vos personnages
Deepak Chopra
Que nos personnages agissent « mal » ou « bien », nous devons observer la plus stricte neutralité dans la façon dont nous les présentons, eux et leurs actes. Ça n’est pas forcément facile quand on met en scène un serial-killer ou mère Térésa, mais c’est indispensable pour ne pas rater ses effets. Si la neutralité totale nous est difficile concernant les « méchants » de notre histoire, on peut essayer la compassion.
En rapprochant le contenu du présent chapitre avec celui du précédent, on obtient : le personnage est une projection de nous-mêmes, mais nous ne devons pas le juger. Pour surmonter ce défi, nous devrons nous débarrasser des jugements que nous portons sur nous-mêmes. En termes de psychanalyse, cela consiste à dire qu’il nous faut dépasser notre « surmoi », ce qui n’est pas exactement à la portée du premier venu, surtout pour les jeunes auteurs.
Avant toute chose, essayez de creuser ce qui peut se trouver derrière un comportement constructif (celui du héros) ou un comportement destructeur (celui du « méchant »). On ne naît pas avec l’un ou l’autre de ces tempéraments. On les développe en fonction des peurs et des espoirs que l’on porte en soi, et en fonction de la façon dont on gère ces peurs et ces espoirs.
D’une manière générale, le héros et le anti-héros incarnent l’espoir, tandis que le méchant (l’antagoniste) incarne la peur. En partant de ces bases, et en vous amusant à les tordre, vous parviendrez sans doute à éviter un traitement trop manichéen de vos personnages.
Vos personnages ne doivent pas être des « fragments » d’humains
William Faulkner
Il n’est pas forcément utile de tout décrire et raconter, mais leurs motivations inconscientes (les peurs, les espoirs, les faiblesses psychologiques) de vos personnages doivent être définies avec une précision méticuleuse pour que leurs actions/réactions soient cohérentes et crédibles.
Certains auteurs choisissent de rédiger des fiches descriptives, spécifiant, par exemple, l’enfance, le physique et les traits marquants de leurs personnages. Pour les créer, vous pourrez consulter cette liste de qualités et de défauts.Mais cette préparation n’a rien d’obligatoire.
Voici comment John Truby propose de définir un personnage dans son essai L’anatomie du scénario :
- Un désir, pour motiver ses actions et influencer ses décisions ;
- Une faiblesse, qui va entraver la réussite de ses actions ;
- Un besoin inconscient, qu’il ne découvrira qu’au cours de l’épreuve.
Kurt Vonnegut
Selon ce système, le héros croit qu’il lui suffira de satisfaire son désir pour régler tous ses problèmes. En vérité, il lui faudra surtout surmonter sa faiblesse, découvrir son véritable besoin et le satisfaire, pour que les choses aillent mieux.
Le désir va créer l’action, la faiblesse va créer la tension dramatique en rendant les choses difficiles, la découverte du besoin va donner un sens au récit.
Toujours selon John Truby, le héros n’est pas le seul personnage qu’il faut doter de ces trois caractéristiques. Dans l’idéal, tous les personnages (et, en particulier, l’antagoniste du héros, celui qui l’empêche de réaliser son désir) doivent en être pourvus.Des héros avec des défauts et des méchants avec des qualités
Mickael Moorcock
Un dicton populaire affirme : Aimer vraiment quelqu’un, ce n’est pas aimer ses qualités, c’est aimer ses défauts.
Que penser d’un portrait d’héroïne qui ne parle que de ses « jambes longues et fuselées », de son « opulente chevelure bouclée » et de son « sourire angélique » ? Sans doute qu’il s’agit d’un fantasme et non d’une personne réelle. Le fantasme est conçu pour inspirer le désir, pas pour inspirer l’amour. Et que valent des héros et des héroïnes, s’ils ne sont pas capables d’inspirer l’amour ? Si l’auteur aime vraiment ses héros, il aime leurs faiblesses et leurs défauts.
À contrario, un méchant ne sera vraiment effrayant ou haïssable que si l’auteur lui accorde quelques solides qualités qui apporteront un peu d’humanité (et de crédibilité) à sa personnalité.
Mais faut-il vraiment un méchant dans votre histoire ? Pour installer la tension dramatique, le héros a besoin d’un antagoniste (quelqu’un qui s’oppose à l’accomplissement de son désir), mais il n’est pas indispensable que cet antagoniste soit moche, poilu et malpoli. Dans une histoire d’amour, l’antagoniste est l’homme ou la femme que le héros ou l’héroïne tente de séduire. Il peut également s’agir d’un ami du héros, d’un gouvernement ou d’une organisation. Dans certains cas, l’antagoniste est un lieu ou un objet, à moins que le héros ne se batte contre lui-même…
Quoi qu’il en soit, si l’on se fie au schéma proposé par John Truby (voir plus haut), l’antagoniste va permettre au héros de se confronter à sa faiblesse et à la surmonter, tout en lui permettant de découvrir son besoin et de le satisfaire. Contre toute apparence, l’antagoniste joue finalement un rôle positif, puisqu’il va révéler le héros et lui permettre de s’accomplir.
Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Vos personnages sont-ils des imbéciles ?
Conseil d’écriture de l’Agence Littéraire Laëns
Nos personnages doivent connaître les affres du doute pour être crédibles.
Cela est encore plus important pendant le cours du récit que lors de sa mise en place. Un bon récit ressemble à une mécanique bien huilée dans lequel tous les événements s’imbriquent à merveille, certes. Mais n’en faites pas trop ! Que le destin ou le hasard poussent l’action comme une force irrépressible est une chose. Que les personnages suivent comme des moutons en est une autre, qu’il faut éviter. Faites-les se battre, résister, hésiter et se tromper, comme cela nous arrive à tous dans la vraie vie.Si les personnages ne sont pas traités avec respect, s’ils n’ont pas d’autonomie, s’ils n’ont pas droit à l’erreur, le lecteur ne les respectera pas non plus. Et si le lecteur ne respecte pas les personnages, il ne pourra pas les aimer. Par des signes si subtils qu’il est impossible de les analyser, l’amour et le respect que vous accorderez à vos personnages seront perçus par vos lecteurs et leur dicteront leurs sentiments.
Comédie ou tragédie ?
Kurt Vonnegut
Ce qui suit est une vision volontairement réductrice de ces deux genres. Elle a le mérite de poser de bonnes questions concernant l’écriture :
- Dans la comédie, Dieu n’existe pas. Les personnages n’ont pas de destins. Ils suivent des trajectoires qui ne dépendent que d’eux-mêmes, du hasard et du bien ou du mal que leur veulent les autres personnages. La comédie explore la notion de responsabilité et parfois de culpabilité. C’est un terrain fertile pour les jeux psychologiques.
- Dans la tragédie, les personnages sont quasiment impuissants à agir sur leurs propres destins. Ils sont guidés par une main invisible qui semble jouer avec eux et qui poursuit un objectif qui les dépasse entièrement. La tragédie explore la spiritualité, mais aussi la notion de dignité humaine et tout un tas de questions philosophiques assez profondes.
Les dernières décennies nous ont livré d’innombrables livres et films qui mélangent ces deux genres. Avant de commencer, il peut être très enrichissant de vous demander dans quel(s) registre(s) vous allez puisez, dans quelle mesure vous laissez vos personnages libres de leurs destins.
Puisque vous êtes l’auteur, vous êtes Dieu pour vos personnages (je suppose que ce parallèle vous était déjà venu à l’esprit). La réponse à cette question est donc essentielle parce qu’elle va vous permettre de déterminer le degré de liberté que vous accorderez à votre imagination et à vos créatures.
Quelle sorte de Dieu êtes-vous donc ?
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