Ce texte est extrait du site www.editions-humanis.com

Coup de gueule

Coup de gueule

Les aberrations de l’exception culturelle française

Une vision nombriliste

Pour la majorité des éditeurs français, la surface du monde ne dépasse pas celle de la France. C’est oublier que la francophonie compte aujourd’hui plus de deux cent soixante-dix millions de membres et qu’elle est en pleine expansion.

Répartition des francophones dans le monde

Selon le rapport de l’ONU de 2015, les francophones représenteront sept cents millions de personnes en 2050.

Évolution de la francophonie

Cette croissance phénoménale représente une merveilleuse opportunité pour l’édition francophone. Elle est susceptible de compenser largement l’érosion du lectorat franco-français constatée depuis plusieurs années. Encore faudrait-il que les francophones situés hors-France puissent acheter des livres français, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui :

Les principales plateformes de vente (Amazon, Fnac, Google Play, Apple Store) interdisent aux clients non-européens d’acheter des livres numériques édités en France. Cette interdiction s’applique même à plusieurs Départements et Territoires d’outre-mer, pourtant habités par de « ? bons ? » Français. La faute — en partie — aux règlementations concernant l’exception culturelle française : la loi sur le prix unique du livre ne s’accommode pas des ventes qui pourraient se faire dans d’autres devises que l’euro.

Bien que cette situation pénalise très lourdement l’expansion de la littérature française à travers le monde, bien qu’elle soit source d’inégalité dans l’accès à la culture francophone, et bien que le ministère de la Culture en soit informé depuis plusieurs années, rien ne bouge. Pour dire les choses simplement, tout le monde s’en fout, y compris les éditeurs français qui y perdent pourtant un marché potentiel considérable. Ils pourraient contourner les restrictions existantes en publiant leurs livres sur Amazon.com, la version américaine du géant de la vente en ligne. Les achats sur Amazon.com sont en effet possibles depuis n’importe quel pays situé hors de l’Europe. Mais cette solution ne leur convient pas en raison du système américain de fixation des prix : outre-Atlantique, les plateformes de vente s’arrogent le droit de modifier le prix de vente en fonction des stratégies promotionnelles, une liberté jugée inacceptable par la majorité des éditeurs français qui voudraient imposer leur façon de voir au marché américain. Ils n’ont évidemment aucune chance d’y parvenir et la situation demeure bloquée.

En attendant, la francophonie continue à se développer à travers le monde. Le marché hors-France représentera 90 % du marché potentiel du livre en 2050. Faute de choix, les lecteurs étrangers se tournent vers les sources alternatives que sont le piratage et les ouvrages gratuits. Un beau gâchis ? !

L’exception culturelle française

Il est exact que le réseau des librairies françaises se maintient à un niveau exceptionnel si on le compare à ce qui se produit dans les autres pays. Il est vrai que la littérature française, sans doute portée par l’excellence dont elle fit preuve jusqu’au début du vingtième siècle, résiste encore vaillamment aux assauts des nouveaux médias. Il est indiscutable que la francophonie comporte trois fois moins de locuteurs que l’anglophonie (environ 800 millions contre 270 millions). Pour autant, le chiffre d’affaires du livre français (2,7 milliards d’euros, environ) ne représente que 11 % du chiffre généré par les États-Unis (27 milliards de dollars). Ce ratio ne cesse de baisser en raison de la progression régulière de l’édition américaine et de la baisse, tout aussi régulière (sauf en 2015), de l’édition française.

Il n’y a donc pas de quoi ériger le modèle français comme exemple vertueux. Il ne s’agit pas, pour autant, de briser rageusement les systèmes existants, mais d’essayer de comprendre comment le système américain, presqu’entièrement privé de librairies traditionnelles, sort si bien son épingle du jeu. Ce n’est pas en nous crispant sur les réussites passées qu’on pourra affronter les évolutions majeures que connaît aujourd’hui le marché du livre.

Qu’on s’en désole ou non, le système traditionnel français affronte une crise importante : le nombre de libraires s’effondre suite à la progression régulière des achats en ligne, les petites maisons d’édition disparaissent également au profit des « ? pure players ? » dont le professionnalisme est inégal. Toutes les anciennes filières, sans exception, voient leurs revenus diminuer d’année en année. Si l’exception culturelle française doit perdurer, c’est en s’adaptant aux nouveaux enjeux.

La France a l’avantage d’écrire dans une langue en pleine expansion. La vente en ligne et le livre numérique pourraient lui permettre de doubler son marché tout en satisfaisant la demande de millions de francophones qui ne pouvaient pas accéder à nos ouvrages jusqu’à présent. Grâce à ces technologies, le marché du livre français pourrait être multiplié par dix, d’ici 2050. Saurons-nous saisir cette chance ? ?


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